Aujourd'hui, deux nouvelles études de marcheurs anonymes:

(Si vous avez raté le début, c'est .)

 

 

Ce sont souvent la comédie ou le film d'animation qui s'attardent sur la singularité d'une démarche: un tel boîte, une telle marche comme un pingouin... On pourrait également traiter avec compassion les marcheurs pauvres, malades ou vieillissants, ou chanter la vitalité de ceux qui rappellent les dieux du stade, mais cela ne pèterait pas bien haut, il faut le dire.

Il serait possible d'éviter l'écueil de la signification anecdotique en étudiant plutôt les vides, les distances entre les silhouettes. Regarder les gens dans la rue comme l'écume sur une vague. Cerner par le vide des paquets humains plutôt que de juxtaposer des figures singulières. Mettre de côté le principe d'individuation par la couleur, le détail des visages et des vêtements:

La limite de la première option, c'est un espèce de réalisme urbain prétentieux qui pourrait sombrer dans la sociologie de comptoir (ici: portrait de la ménagère de 45-55 ans). Dans le deuxième cas, on s'achemine vers le domaine du purement décoratif, tendance affiche pour la fête du quartier. Aucune des deux démarches ne rend compte de ce mélange d'identité et d'indéfinition qui caractérise les figures de la rue.

Il y a quelque temps, m'étant attaqué à un groupe de marcheurs sur trois plans, je me suis aperçu que je disposais d'un nombre de positions très limité pour des personnages en marche. D'ailleurs, si j'avais dû recomposer l'étape d'avant et l'étape d'après ce plan fixe, j'aurais été passablement empêtré dans les pieds de mes figures:

 

Voilà pourquoi j'ai décidé de m'astreindre à une étude approfondie du cycle de marche, à partir d'un tutorial d'animation. Pour vérifier la cohérence du tout, j'ai essayé de monter la série d'images en une seule séquence, à partir d'un logiciel de compilation de gifs (UnFREEz, très simple d'usage et approprié dans le cas qui m'occupe car il ne complète pas les intervalles, et permet de juger de la fluidité d'enchaînement des dessins). Cela m'a pris un certain temps pour exécuter cette toute petite séquence en boucle:

 

Physiquement, le pas du bipède avec ou sans plumes se caractérise par un changement d'appui du corps d'une jambe à l'autre, avec un certain nombre de moments clés, huit, ou seize, ou plus, selon que l'on est orthopédiste ou que l'on travaille dans un studio d'animation. Une suite de contacts avec le sol entrecoupée de déséquilibres qui, du point de vue de l'observateur, mène les inconnus on ne sait où. La position des jambes, fléchie ou tendue, influe sur la hauteur du crâne - ce qui revient à dire qu'au cours du cycle de marche, n'importe quelle partie de la tête décrit une légère ondulation  par rapport au niveau du sol. Tel est le double pas générique, le premier trait de pinceau, modulable à l'infini.

 

La meilleure façon de marcher, dit-on, c'est de mettre un pied devant l'autre et de recommencer: longueur = l'écartement des jambes plus un pied, durée = de deux à quatre dixièmes de secondes, selon la taille, l'âge et l'état d'esprit de la personne... À partir de ce moment, nous sommes déjà presque dans la sur-définition. De là à dire que le reste importe peu, il n'y a qu'un pas. Affirmer que la démarche de cet homme ou de cette femme qui passe est un fait comme un autre serait nier la vie. À l'inverse, dire que telle ou telle ligne de jambages n'appartient qu'à un seul serait quelque peu catégorique.Il faudra passer par un chemin médian.

...La suite dès que j'aurai de nouvelles études en magasin.

J'avais envie depuis un certain temps de tenir un blog où j'exposerais au jour le jour quelques dessins et peintures, des choses exécutées à temps perdu sinon, car je ne suis qu'un peintre du lundi (dimanche reste un jour sans imagination).

Le hasard a voulu que je publie d'abord mes griefs contre la sous-préfecture d'Antony: c'est un début assez terre à terre, mais bon il faut ce qu'il faut.

Par la suite, je continuerai vraisemblablement à faire alterner petits billets d'actualité, textes et images. J'essaierai d'établir des catégories à peu près définies pour ordonner ce fourre-tout.

Il est rare que je fasse plus d'un dessin par semaine (la fréquence est même en général beaucoup plus faible), et comme je n'ai pas envie de noyer les images sous une tonne d'écrit, je pense demeurer dans une moyenne d'un billet hebdomadaire. Pour ceux qui s'intéressent aux textes, rendez-vous sur Vive la France, le blog des amateurs de playmobils, de débats imbitables sur l'informatique, de Sarkozy et autres joyeusetés.

 

Voila voila. Bien sûr, ceci n'est pas un programme, juste une déclaration d'intentions, on verra bien ce que ça va devenir par la suite. Pour le moment je me souhaite bonne chance à moi même, car je crois bien être le seul lecteur de mon truc.

Je commence ce blog par une petite visite du parvis de la sous-préfecture d'Antony.

J'y ai accompagné une personne étrangère, qui, ayant posé une demande de titre de séjour en novembre, n'a jamais reçu de convocation pour se voir remettre le St Graal et s'est donc déplacée jusqu'à la sous préfecture à l'expiration du délai qui lui a été accordé avec le récépissé du dossier (trois mois).

Voici comment cela fonctionne : il n'existe pas de système pour prendre rendez-vous avec le personnel de la sous préfecture, ni par téléphone, ni sur internet ; il y a trop de demandes pour pouvoir recevoir dans la journée toutes les personnes qui arrivent dès le matin; la préfecture ne peut pas traiter les dossiers complets dans les délais.

Le résultat est le suivant:

Nous nous sommes levés à 4h30 pour prendre le premier métro. À 6h00, nous arrivons devant la sous préfecture d'Antony. Nous avons de la chance, il n'y a pas grand monde. Il faut dire qu'il pleut des cordes.

Pour n'importe quelle démarche, il faut poireauter debout devant le bâtiment jusqu'à 8h30 pour obtenir un ticket de passage. Cela se passe comme ça depuis des années, mais personne n'a été foutu de construire un abri  On est gelé, on a les pieds trempés, d'autres parapluies viennent augmenter la queue. Quand le soleil se lève, on se réjouit brièvement avant de réaliser qu'il reste une heure et demie d'attente.

Quand l'heure approche, nous ne sommes plus les seuls à souffrir: à côté de notre file d'attente, il y a "celle des cartes grises". À huit heures trente, elle rentre en premier. Les préséances sont respectées.

Un peu après huit heures et demie, un type passe réorganiser le rang, puis nous recevons chacun un ticket de passage. Nous voilà admis dans le saint des saints. Et comme la pluie en a découragé plus d'un, nous n'attendrons qu'une heure et demie de plus. D'habitude on peut y passer toute la matinée voire la journée, et c'est la cohue, plein de gens restent debout.

Ça, il faut le faire une fois pour prendre un rendez-vous au cours duquel les pièces du dossier seront examinées, le refaire autant de fois que le dossier sera jugé incomplet ou les documents pas assez frais (et c'est fréquent), le refaire encore pour retirer la carte car il n'y a pas moyen de prendre rendez-vous non plus pour cela. Finalement, comme la carte n'était pas prête, on n'a reçu qu'un récépissé de plus, valable trois mois, plus c'est pas possible. Tout cela, il faudra donc le refaire, le rerefaire tous les trois mois, aussi longtemps que durera l'incurie de l'administration française, à moins que l'expansion de l'univers ne prenne fin avant, ce qui mettrait un terme au scandale.

 

J'oublie de dire que la personne en question est ma femme et que j'ai la nationalité française de naissance. Il est vrai que nous sommes mariés depuis le mois d'août 2006, soit six mois seulement. Nous en avons pour deux ans entiers à nous contenter de titre de séjour en pièces détachées, avant d'obtenir une régularisation plus longue.

 

C'est pour ça qu'après, quand on entend évoquer la perspective d'une "immigration choisie", on ne sait si l'on doit en rire ou en pleurer. Etant donné l'état de débordement où se trouve cette administration déliquescente, il est rigoureusement impossible qu'elle se fasse une image claire des personnes qu'elle régularise ou flanque dans des charters. L'immigration choisie n'est ni une bonne, ni une mauvaise chose : c'est de la foutaise en barre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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