Jeudi 29 mars 2007

Anim8or est un logiciel gratuit bien pratique qui permet de faire de la 3D texturée sans se prendre trop la tête. J'ai d'abord été tenté par Blender3D, plus professionnel, paraît-il, mais je n'avais pas suffisamment de temps à consacrer à la prise en main du logiciel, assez ardue. L'interface d'Anim8or, inspirée de celle des produits Adobe, est beaucoup plus facile. 

À partir de volumes simples et à l'aide du plaquage de textures, on peut rapidement parvenir à bâtir un petit village comme celui-ci:

 

 

La principale difficulté que l'on rencontre est le polissage toujours trop important de la matière. Si l'on veut un rendu "réaliste", on peut toujours utiliser directement des photos comme textures:

 

 

Quand on souhaite au lieu de cela obtenir un effet plus proche de la peinture, on gardera photoshop ouvert en même temps qu'on construit sa 3D. Les matériaux de bases sont les suivants: des photos ou des dessins de façades (ici, des photos de bâtiments art nouveau prises à Riga), et des surfaces peintes scannées

 

 

Les images peuvent être désaturées de manière à sélectionner d'un bloc les parties ombrées ou éclairées. Cette sélection pourra ensuite être transférée sur un fond peint. On peut modifier la teinte d'une seule surface peinte pour garder une certaine unité de touche. En cinq minutes, on a une trame applicable sur des prismes avec le logiciel de 3D:

 

 

 

On a la possibilité de créer séparément chaque type de bâtiment, puis de l'insérer dans une scène en autant d'exemplaires que l'on veut. On peut ensuite appliquer un fond panoramique, mais dans le cas présent j'ai préféré rapatrier les images sur photoshop pour insérer des fonds plats qui préservent le sens de la touche (pour un ciel, cela vaut mieux).

 

 

Bien sûr, quand on débute, le traitement du volume n'est pas très poussé si l'on regarde les bâtiments de près. Par ailleurs, si l'on ne normalise pas un peu les dimensions, la luminosité et la résolution de ses textures, on se retrouve avec quelques incohérences dans l'échelle et l'éclairage de bâtiments juxtaposés.

 

 

 

C'est pourquoi j'ai préféré ici multiplier les bâtiments et faire des panoramiques aériens:

 

 

Bon, pour le moment, tout cela fait un peu jeu vidéo fin années 90, mais l'idée y est. J'aimerais au moins pouvoir obtenir des décors en 3D avec un rendu comparable à celui de mes tableaux. Cela pourrait me donner un petit coup de pouce de temps à autre. Je réessaierai avec des trames entièrement peintes quand j'aurai le temps.

par Gilles F. publié dans : Technique
Jeudi 29 mars 2007

Après avoir mis en ligne un minuscule album de photos supplémentaire je m'aperçois que j'occupe déjà 15% de mon espace disponible. Tous mes fichiers sont pourtant passablement allégés. Un blog gratuit, pour exposer des images, ce n'est quand même pas l'idéal. Quand j'approcherai de la saturation, j'aurai le choix entre ouvrir un autre blog ailleurs ou dégraisser celui-ci. Je pense que j'opterai pour la seconde solution, tant pis pour l'archive. Mais au lieu de supprimer massivement les plus vieux  billets, j'élaguerai au fur et à mesure en mettant à la corbeille ce qui prend de la place (les photos de voyage devraient y passer en premier). Bon, de toute façon, ça c'est pour dans cinq ou six mois.

Lundi 26 mars 2007

Aujourd'hui, un petit groupe de marcheurs nocturnes enveloppés dans les replis d'une perspective exagérée et arrondie qui doit beaucoup aux tableaux du Belge Spilliaert (1881-1946).

 

 

Enfin, ça, c'est ce que ça voulait être. Quand j'ai montré le tableau à ma femme, elle m'a dit un truc du genre: "tiens, tu prépares une affiche pour le prochain film de zombies de Romero (1940-)?"

 

Vexé.

Je ne sais donc pas si je ferai ce que j'avais prévu à partir de ce tableau, à savoir une petite animation de rue la nuit avec des trajectoires en perspective. Pour l'instant je n'ai que le décor:

J'étais très content de mes halos de lumière, mais c'est vrai qu'ils ont quelque chose d'obsédant, je dois le reconnaître. Et puis tous ces personnages qui vont dans la même direction, c'est un peu angoissant, on dirait l'électorat de Sarkozy. Bon, je vais réfléchir.

Mardi 20 mars 2007

(Cliquez ici pour voir les premiers articles sur le même thème)

L'intérêt du mouvement, même minimal, pour une telle image est de poser le problème des trajectoires.

Sur une peinture mettant en scène un groupe de personnages, nous avons l'habitude d'analyser d'un simple coup d'oeil qui appartient à qui, qui est indépendant: tiens, ce type est juste à la droite de Napoléon, ça doit être un général... tiens, ces deux figures se recouvrent partiellement, mais leurs regards divergent, il faut les voir séparées... etc.

La photo d'un lieu public fréquenté, c'est déjà autre chose, un objet qui tient de la pierre gravée et de la pierre brute à la fois: nous ne pouvons nous empêcher de lire la disposition des figures, d'y trouver la marque des comportements qui règlent les distances entre personnes proches ou étrangères, mais quand nous avons fini de construire ce beau discours, nous sommes forcés d'admettre que la géométrie du tout tient également du coup de dés.

Une des pistes intéressantes qui s'offrent à la figuration aujourd'hui pourrait être de reprendre à son compte cette ambiguité de la photo de groupe aléatoire. Une succession d'images permet de créer des liens entre éléments du tableau, de les confirmer, ou de les briser selon sa fantaisie. Dans le cas de groupes de personnages, l'appartenance réciproque est incessamment remise en question. Un des effets secondaires de cette pratique est de décrotter un peu la figure humaine de son excès de pathos habituel.  L'image fixe aussi doit pouvoir utiliser de tels procédés. 

Mardi 13 mars 2007

      J'interromps un moment mes études de pas pour parler de la lecture la plus bizarre que j'aie faite ces derniers temps. Il s'agit d'un manga de Jirô Taniguchi, Le Gourmet solitaire, paru aux éditions Sakka-Casterman pour la France.

Taniguchi, c'est un peu le gars qui rachète le manga aux yeux des bédéphiles français amateurs de rhétorique de la case, de psychanalyse des héros de comics et d'adaptations de James Joyce en films d'animation. Dit comme ça, ça fait peur. En fait, loin de moi l'idée de persifler, je suis resté complètement scotché sur cette BD, dont le projet lui-même est déroutant pour un lecteur européen: on suit un personnage ordinaire dans une enfilade de restaurants, où il bouffe. C'est tout. Ce genre d'hymne à la ripaille est semble-t-il très courant dans la production culturelle nippone en général, et dans l'oeuvre romanesque de Kusumi Masayuki qui a inspiré Le Gourmet.

Bon, du point de vue du scénario, c'est assez lassant, et il est difficile de s'enfiler à la suite plus de trois chapitres - c'est à dire plus de trois restaurants, puisque l'unité, dans la table des matières, est le repas - sans ressentir certains symptômes de ballonement. Je me suis évidemment beaucoup moins amusé que devant un film de Miyazaki. Ce qui est étonnant, c'est le dessin, ce style des mangas pour adultes, à la fois très minutieux et impersonnel - qui donne ceci, par exemple:

 

La même précision photographique se retrouve dans les décors, et l'on se demande parfois si le dessinateur n'a pas travaillé à la table lumineuse. En tout cas, ce type a une façon d'expérimenter ce qui se trouve sous ses yeux qui nous reste assez inaccessible. En effet, mettons un français face à une représentation hyperréaliste d'un plat de cassoulet ou de la ZAC de Vierzon, il trouvera la chose déroutante ou ridicule ailleurs que dans un livre de cuisine ou un article d'actualité, selon le cas. D'ailleurs, toute représentation visuelle de son univers quotidien lui apparaîtra en dernière instance étrange, factice et parfois dérangeante - au point qu'un monde de farfadets et de magiciens le déroutera moins. En général, nous ne nous reconnaissons pas nous-mêmes si nous passons à la télé. (Au point que nous pourrions être amenés à nous demander: comment peut-on être français? au lieu de comment peut-on être persan?)

Cette manière d'adhérer à l'actualité de la vie urbaine la plus simple est peut être une forme viable de singularité culturelle, bien différente des gesticulations nationalistes qui se déploient dans d'autres circonstances. On pourrait par ailleurs interpréter la chose en prenant à contrepied nos stéréotypes sur l'Asie contemporaine, à savoir que les mégalopoles extrême-orientales seraient le lieu où la confusion entre réel et virtuel serait la plus avancée dans le monde, et où la technicisation de la vie laisserait à jamais des traumatismes (et la bombe atomique et gnagnagna...). C'est peut-être moins vrai qu'en Europe au contraire: il semble y avoir là-bas un contrepoids énorme à cette tendance désincarnante, cette capacité à se confondre avec son expérience sensible la plus quelconque.

Ce n'est bien entendu qu'une impression, qui n'engage que le rédacteur de ces lignes.

 

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