Me voilà de retour en France-qui-se-lève-tôt-pour-travailler-plus-pour-gagner-plus. J’espère que j’aurai toujours du temps à consacrer à mes activités de peintre du samedi. À ce propos, vous aurez peut-être remarqué une relative absence de dessins pendant ce séjour d’un mois en Asie. C’est que j’ai un peu perdu l’habitude du croquis sur le vif. J’avais bien emporté un carnet mais il est resté totalement vide. Il faut dire que le mouvement et l’encombrement de Séoul découragent un peu ce genre de tentative. D’ailleurs, à part au palais royal de Gyeongbok, une fois, je n’ai jamais vu un dessinateur posté dans une rue pour faire du croquis. La capitale coréenne me semble être un endroit qui s’explore et se parcourt, plutôt qu’une mine de paysages.
Enfin, trêve de bavardages pour justifier ma flemme.
Comme je disais, j’ai perdu l’habitude du dessin sur le vif, et maintenant que je suis rentré, je vais pouvoir me remettre à classer mes petits piétons dans mes petits cadres :
J’ai réagencé les colonnes pour gagner de la place, ce qui me permettra d’afficher des images plus grandes (j’aurais dû y penser avant). Les anciens articles s’en trouvent par contre un peu chamboulés, tant pis.
À bientôt donc, pour de GRANDS projets.
Aujourd'hui, un petit groupe de marcheurs nocturnes enveloppés dans les replis d'une perspective exagérée et arrondie qui doit beaucoup aux tableaux du Belge Spilliaert (1881-1946).

Enfin, ça, c'est ce que ça voulait être. Quand j'ai montré le tableau à ma femme, elle m'a dit un truc du genre: "tiens, tu prépares une affiche pour le prochain film de zombies de Romero (1940-)?"
Vexé.
Je ne sais donc pas si je ferai ce que j'avais prévu à partir de ce tableau, à savoir une petite animation de rue la nuit avec des trajectoires en perspective. Pour l'instant je n'ai que le décor:
J'étais très content de mes halos de lumière, mais c'est vrai qu'ils ont quelque chose d'obsédant, je dois le reconnaître. Et puis tous ces personnages qui vont dans la même direction, c'est un peu angoissant, on dirait l'électorat de Sarkozy. Bon, je vais réfléchir.
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L'intérêt du mouvement, même minimal, pour une telle image est de poser le problème des trajectoires.
Sur une peinture mettant en scène un groupe de personnages, nous avons l'habitude d'analyser d'un simple coup d'oeil qui appartient à qui, qui est indépendant: tiens, ce type est juste à la droite de Napoléon, ça doit être un général... tiens, ces deux figures se recouvrent partiellement, mais leurs regards divergent, il faut les voir séparées... etc.
La photo d'un lieu public fréquenté, c'est déjà autre chose, un objet qui tient de la pierre gravée et de la pierre brute à la fois: nous ne pouvons nous empêcher de lire la disposition des figures, d'y trouver la marque des comportements qui règlent les distances entre personnes proches ou étrangères, mais quand nous avons fini de construire ce beau discours, nous sommes forcés d'admettre que la géométrie du tout tient également du coup de dés.
Une des pistes intéressantes qui s'offrent à la figuration aujourd'hui pourrait être de reprendre à son compte cette ambiguité de la photo de groupe aléatoire. Une succession d'images permet de créer des liens entre éléments du tableau, de les confirmer, ou de les briser selon sa fantaisie. Dans le cas de groupes de personnages, l'appartenance réciproque est incessamment remise en question. Un des effets secondaires de cette pratique est de décrotter un peu la figure humaine de son excès de pathos habituel. L'image fixe aussi doit pouvoir utiliser de tels procédés.
Aujourd'hui, deux nouvelles études de marcheurs anonymes:
(Si vous avez raté le début, c'est là.)

Ce sont souvent la comédie ou le film d'animation qui s'attardent sur la singularité d'une démarche: un tel boîte, une telle marche comme un pingouin... On pourrait également traiter avec compassion les marcheurs pauvres, malades ou vieillissants, ou chanter la vitalité de ceux qui rappellent les dieux du stade, mais cela ne pèterait pas bien haut, il faut le dire.
Il serait possible d'éviter l'écueil de la signification anecdotique en étudiant plutôt les vides, les distances entre les silhouettes. Regarder les gens dans la rue comme l'écume sur une vague. Cerner par le vide des paquets humains plutôt que de juxtaposer des figures singulières. Mettre de côté le principe d'individuation par la couleur, le détail des visages et des vêtements:

La limite de la première option, c'est un espèce de réalisme urbain prétentieux qui pourrait sombrer dans la sociologie de comptoir (ici: portrait de la ménagère de 45-55 ans). Dans le deuxième cas, on s'achemine vers le domaine du purement décoratif, tendance affiche pour la fête du quartier. Aucune des deux démarches ne rend compte de ce mélange d'identité et d'indéfinition qui caractérise les figures de la rue.





